Mal entretenu, en mauvais état, interdit à la circulation pour raison de sécurité,
il est la honte de ceux à qui l’Etat l’a confié en garde.

Le pont du pertuis, Ouvrage d’Art centenaire, dernier témoin du patrimoine industriel et maritime de Bordeaux risque d’être détruit, sacrifié à la religion du tout automobiles.
Monsieur Alain Rousset, Président de la CUB, vient de décider qu’il serait remplacé par un pont levant. Comment dit-on déjà ?…MODERNE !
Ce pont MODERNE s’inscrit dans la probabilité d’une augmentation du trafic automobile, voitures et camions, au travers du quartier de Bacalan.
Ce pont levant, à la verticale, pas à l’horizontale comme le pont Bacalan-Bastide ressemblera à un hayon arrière de camion qui, une fois baissé, dégueulera son flux de quatre à dix roues sur le quartier. Le Directeur général des services de la CUB ne dit-il pas : « il faut bien que je fasse passer les voitures et les camions quelque part ! »
A Bacalan, entourés de zones industrielles et commerciales, nous savons depuis longtemps qu’il faut bien que les véhicules «passent» mais on n’est pas d’accord pour qu’on en augmente le nombre quand on peut faire raisonnablement autrement.
Un industriel qui a répondu à un appel d’offre pour la réhabilitation du pont, en concurrence avec son remplacement, a eu l’idée (et le courage) de prendre en compte l’environnement futur du pont, (des zones urbanisées avec beaucoup d’espaces, de petites activités commerciales, des promenades), et de proposer une seule voie de circulation alternée avec sens prioritaire, en distribuant le reste de la chaussée entre les piétons et les cyclistes. L’idée étant , celle d’ailleurs que reprennent, aux autres, tous les « néoécologistes » du moment : « un peu de contrainte sur les automobilistes encouragent ceux qui le peuvent à prendre les transports en commun ou leur vélo et ne circulent en voiture que ceux qui ne peuvent pas faire autrement ».
Haro sur l’industriel, branle-bas de combat dans les églises des tenants de la vérité pour les années à venir. En dehors de l’automobile, point de salut. Rien que la pensée de cette solution est une insulte à l’avenir merveilleux qu’on nous prépare. Ils en oublient, du coup, de finir de lire la proposition du contrevenant qui proposait aussi, autres possibilités, de passer le plateau du pont à deux voies de circulation , de transformer les passages piétons en préservant le caractère architectural de l’ouvrage et du lieu.
Pour être honnête et ne rien cacher, le prix de la réhabilitation est un peu plus cher, environ 5%, sur 1,9M€ et le délai de remise en service de 14 mois au lieu de 9. Quand on pense que ça fait dix ans que ce pont est arrêté à la circulation pour cause de mauvais entretien, cinq mois de plus…ou de moins, ça ne devrait pas être une catastrophe ; parole d’usager.
Mais ce qui est aussi surprenant, c’est que le Port Autonome de Bordeaux décide qu’aujourd’hui le bassin à flot n°2 n’a plus d’avenir maritime en dehors d’une activité, cédée en concession, d’hivernage de petits bateaux de plaisance et de location de bureaux et de petits commerces dans des immeubles qu’il envisage de faire construire en bordure des bassins à flot. Voilà notre Port, industriel par nature, disposant de moyens de production tout neuf à proximité, pris de la frénésie immobilière et oubliant, mais je me trompe peut être, que l’avenir est aussi au remplacement du camion par d’autres moyens de transports : les transports fluviaux par exemple. Ces nouveaux moyens de transport nécessitant des lieux de maintenance comme, pourquoi pas, les alvéoles de la base sous-marine.
Mais je pense à autre chose ; Monsieur Alain Rousset dans le cadre de son mandat de Président du Conseil Régional d’Aquitaine, veut développer les activités d’étude et de mise en œuvre des matériaux composites. Le bassin à flot n°2 avec toutes les surfaces dont il dispose pourrait accueillir une industrie non polluante de plasturgie, de construction de bateaux ou autres choses dans les mêmes domaines. Je suis sûr que si on cherche on va trouver des industriels intéressés.

Déchiqueter le pont du pertuis et du même coup réduire des deux tiers la largeur navigable de la passe ce n’est pas seulement faire disparaître un morceau de patrimoine qui n’a plus l’heur de plaire, c’est se priver aussi d’un avenir économique possible.

Mais maintenant, peut être que c’est pas bien de vouloir préserver un morceau du passé et montrer ce que savaient faire nos anciens, peut être que c’est pas bien d’imaginer un avenir qui peut être ne se produira pas. Peut être que c’est mieux de vivre au jour le jour, tout au moins pour ce problème des bassins à flot, c’est un si petit problème par rapport aux soucis de «nos dirigeants» qu’ils soient du Port, de la CUB….ou de la Région. Qu’ils me pardonnent, mais voilà, ce sont des sujets qui nous concernent et nous intéressent, nous les petites gens.

La Commission des Marchés du Port Autonome se réunit le 5 juillet. Il reste peu de temps pour décider si on respecte un environnement qui «parle» de son Histoire et où l’Humain doit être le premier critère du choix économique.

Il faut savoir que la CUB et le Port, qui sont les plus partisans de la destruction du pont ancien, financent à hauteur de 0% et 1,4% le projet de restauration de franchissement du pertuis, alors que le Conseil Général favorable à la réparation de l’ancien pont donc à la mise en valeur du patrimoine le finance à hauteur de 33%. Comprenne qui pourra.

Robert Venturi
Secrétaire Général de l’ADIQ